samedi 23 juin 2007 - Vanishing point

Nous étions à peine une quinzaine dans la salle et les gens semblaient tristes. Il déclamait avec une voix monotone son laïus qu'il avait dû répéter une quinzaine de jours d'affilée cette année. "Douai est une ville morte dès 19h" déclare-t-il sans état d'âme, mais venez quand même c'est bien. Tout, tout m'a semblé affreusement kitsch, décalé, le powerpoint laid, le groupe de hard rock au coin d'une rue pour la fête de la musique, le silence, les gens avec leurs enfants, la semoule au dîner, South Park en allemand. Le concours s'est bien passé, résultats la semaine prochaine.


Dans la voiture, L'été de Vivaldi accompagnait la bière, ça m'a rappelé mon enfance (Vivaldi, pas la bière).


J'ai eu peur de rouler trop vite en mordant les bandes blanches.


C'est moche de mourir.


Mme O. je m'en souviens, quand j'étais petit elle collait un gros bisou sur ma joue et je ne comprenais rien à son accent russe. Elle était mannequin avant. Elle a 99 ans.


Ma grand-mère a cru que je voulais travailler dans les Mines, elle s'est demandée si j'avais perdu la raison. Ca m'a fait rire.


Plus que deux, trois jours là-bas et je disparais.


Dans le garage, j'ai trouvé un de ces grands calendriers donnés par les banques. Au 29 juin 2000, j'avais marqué "Papa rentre !". Ca fait longtemps.


Je suis né pendant la guerre froide. Ma mère a pleuré quand le mur est tombé. Je crois que ça fait toujours du bien quand les murs tombent.


Hier, dans la voiture.
"- Papa a vendu la maison.
- Quoi ?"

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mardi 12 juin 2007 - Pédoncules ombellifères

Si quelqu'un me parle du bac je préviens, je ne suis pas compatissant, je gueule. Parce que pendant qu'ils se demandent si le désir peut se satisfaire de la réalité, je planche sur le sujet de physique de Polytechnique MP 1999. Comme si ça ne suffisait pas, l'après-midi, sujet d'agrégation de physique-chimie 2003. Tadaa. Le meilleur étant encore à venir, demain. Bien entendu.

Avec entre les deux, quelques mots sur papier kraft, pour remplir beaucoup de vide, beaucoup (merci). C'est la fin, avec un goût de fin, un air de fin, la totale. The end, a-t-il marqué à la fin du sujet. Mais ce n'est pas une belle fin. Comme la fin de Requiem for a dream. C'est ça.

On a ajouté une touche écolo au dossier sur l'ozone stratosphérique, la dame du cdi m'a donné une brochure du théâtre de Chaillot pleine d'images. Le PCF agonise, Bayrou est toujours tout seul, le PS s'enlise, les Verts (??). La Chine bouffe tout sur son passage à une vitesse ahurissante. Pendant ce temps-là, Justine et Rafael sont écrasants sur terre battue et c'est déprimant. Je mange des crocodiles.

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jeudi 7 juin 2007 - Solitude intempestive

Je ne saurais pas vous dire pourquoi des choses comme ça font si mal. Je ne saurais pas vous dire si je frôle l'immobile, si la vie va trop vite, trop lentement, trop dehors ou toujours plus tard. Ca fait une semaine que je n'ai ni mis les pieds dehors ni même, je crois, dans le cloître. Je fais des allers-retours entre le bâtiment des sciences et l'escalier des prophètes.

Tout est doux en même temps que d'être amer. Ma bouche devient peu à peu de la pierre, je deviens rigide et mon regard dur. Il suffit de gratter un peu pour voir que ça bouillonne, avec violence. Je suis amer, coloré de colère. Je pense mal, brouillon, immature.

Elle dit, non, beaucoup mieux qu'un écolier anglais, ça me fait sourire. Puis je pense à cet endroit où tout est décalé, où les gens sont plus jeunes qu'au lycée, où les rêves sont bornés et résignés, blasés mais décomplexés. Cet endroit où tout pue la névrose.

Alors je lui souris, mais c'est encore plus triste, la réponse d'un corps aussi vide.

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mercredi 6 juin 2007 - Von einem glücklichen Stern ausgesehen

Je le dis : les sushis qu'on a pris rue Saint-Jacques n'étaient pas bons. On a trouvé des chaises au jardin du Luxembourg, le soleil se couchait, pour commencer. J'ai mal aux yeux. Je crois que c'est l'air, la fatigue, la myopie qui se dégrade, les sushis pas frais, Vladimir Poutine.


J'écoute I feel it all de Feist au réveil et c'est bonne humeur garantie. Ce week-end, pour tenir le coup, la Lettera Amorosa de Char et les Chants de Maldoror. Il fait tellement doux qu'il y a des mouettes dans le ciel du Ve, je sors une table de la salle des hypochartes pour travailler dans la cour du Méridien. Il y a tout le temps des gens qui visitent et qui nous posent des questions. Dans une semaine maintenant, on pourra faire une approximation à peu près correcte des vacances, mais pas tout à fait quand même.


De temps en temps, je prends conscience d'une dépossession de moi-même, opérée lentement mais avec minutie depuis plusieurs mois.

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