jeudi 29 mars 2007 - Bilans entropiques

La semaine devait être détendue, après les devoirs : deux semaines creuses, avec quelques colles seulement. Mais je prends courageusement la décision de ne pas me relâcher pour autant. Il est temps de ne plus perdre pied. Je m'accroche sans savoir à quoi, mais je m'accroche, (à la vie ?) parce que. Je ne veux pas y réfléchir. Je ne veux même plus y songer. Une note au-dessus de 5 en maths me fait plaisir, une en-dessous de 10 en anglais beaucoup moins. Je continue à n'être intransigeant avec moi-même que dans les matières littéraires. J'aime bien croire qu'il me reste ça.

Les critiques des colleurs glissent sur ma peau sans atteindre à présent. Je m'en aperçois. En anglais, je n'aime pas m'étendre, parler de moi-même, donner mon opinion. Les critiques des gens aussi. Idem ou presque. Mais l'indifférence n'est pas une force, je crois.

Il y a le dîner de classe ce soir, on m'a dit, ce sera bien, j'ai dit non, tu viens quand même ? j'ai dit oui. Il m'a chuchoté, c'est le bordel dans mon classeur, j'ai dit oui, dans ma vie aussi. Il y a ces magazines empilés, tout prêts pour un collage, qui je le sais, font enrager A., qui n'aime pas le désordre. Il y a le palais de Tokyo, prévu pour bientôt, la Cité de l'architecture qui ouvre ses portes, et puis.

Mon séjour ici s'achève doucement.

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samedi 24 mars 2007 - Surfaces planes

« Je suis à la maison aujourd'hui. C'est rare que je rentre. Ca me fait du bien d'être ici, avant je n'avais qu'une chose en tête, Paris, Paris avec la Seine, ses musées et ses lumières la nuit. Je n'avais qu'une idée, expédier le bac, partir habiter là-bas, découvrir des gens nouveaux.

« Quand j'y suis allé, je n'en avais déjà plus envie. J'étais à peine rentré des Etats-Unis, à peine remis de la vie là-bas. Je commençais tout juste à oublier les habitudes que j'avais prises, la chaleur permanente, les publicités lumineuses de 42nd Street, l'Hudson River, le petit conservatoire de Central Park, le goût du cappucino à l'angle de Christopher Street, les escapades au MoMA. Et puis. Quelques jours à peine, et j'étais là.

« Avec mes valises, place du Panthéon.

« Le soir du premier jour, je me suis dit que je ne pouvais pas rester ici. Je ne sais pas ce qui s'est passé. Comment j'ai eu cette conviction profonde tout à coup. Après, ça n'a plus jamais changé, à peu près.

« Ici, c'est pas grand-chose, mais j'aime bien mon mur orange et la lumière chaleureuse.

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lundi 19 mars 2007 - La voix qui porte

« Seulement voilà.

« Il a belle gueule, ce petit garçon, qui se plaint toujours et qui critique tout. Tout et tout le monde. Les gens qui ne sont pas comme il faudrait. Surtout ça, ça l'insupporte : ceux qui ne savent pas ce qu'ils veulent, ou qui laissent tout le temps les circonstances ou bien les autres décider à leur place. Il dit qu'il trouve ça triste.

« Pourtant, je suis là, bien parmi ceux que je critique tant. Dans cette foule dégueulasse qui pue la résignation, et oublie d'avoir des rêves. Bien trop pragmatiques, scientifiques. Ces gens-là. En politique, ils pensent quantitativement et oublie d'avoir des idéaux. Ils parlent le langage du raisonnable et n'ont pas d'imagination. Et prétendant les fuir je m'enfonce encore plus. Pire, je m'ancre, je laisse des traces. Une partie vivante d'une gigantesque entité organique. Je cherche à m'en amputer. Alors ça donne ça : quand je cherche à m'enfuir, je tourne en rond dans le quartier, souvent pas très loin et que des chemins connus. Je sors pour oublier un peu, penser à autre chose. Mais finalement, c'est bien pire : je reviens. Je reviens parce que c'est n'être pas raisonnable que de ne pas être exactement là où on doit être. Je fais semblant. Comme si je m'étais égaré un instant.

« J'ai l'âge de faire des conneries que l'on pourrait me pardonner, et que je pourrais encore me pardonner ; j'ai l'âge de me donner tout entièrement à une cause qui me semble juste. J'ai l'âge de n'importe quoi et de partir à l'autre bout du monde, mais juste parce qu'on peut pas aller plus loin.

« Mais non.

« Je suis plus inerte qu'un vieillard. Enfermé dans cette routine dont je ne parviens pas à me défaire. Dans une cage que j'ai minutieusement bâtie. Une grande bâtisse plus inhospitalière qu'un cachot. C'est bête. C'est plus que ça, même. Equilibre instable. Il en faudrait peu, et ce peu manque.

« J'attends le moment propice pour croiser le fer avec moi-même.

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vendredi 2 mars 2007 - Rue du pot de fer

« Il ne s'est rien passé ce soir, ou presque.
« Elle m'attendait à la sortie de la bibliothèque, le dos appuyé contre la porte. Elle avait un grand sourire, les yeux dans le vague. "J'ai tourné dans tout le quartier avant de trouver", elle m'a dit. Je me suis excusé. Je m'excuse souvent, et puis là, elle avait le front mouillé et les cheveux tout plaqués.
« On a marché, elle voulait voir la rue Mouffetard, qu'elle avait bien connu "quand elle était petite fille". Ses pas rapides résonnaient sur les pavés humides, et on a trouvé la place Monge, il commençait à faire sombre. Puis nous avons commencé à remonter.
« Tout était faux. Mes mots. Même ses mots. Surtout mes mots. Et puis nous deux, là, comme si de rien n'était. C'était pathétique et inévitable. On allait n'importe où... quand on marchait, j'entends.
« On s'est installé dans un petit restaurant où il y avait deux clients. Je n'avais pas faim, je pense qu'elle non plus. Ils avaient même mis Mylène Farmer en fond sonore, alors tu penses bien...
« Ca a toujours été très calme. Quand on parlait. Toujours plein de pudeur. Ca n'a jamais changé. On a toujours eu peur l'un de l'autre. En fait. C'est pire, de la curiosité, des interrogations. Et puis les rapports de force qui en découlent forcément. Je m'en souviens. C'était terrible et en même temps savoureux quand j'y repense.
« On est allé au cinéma et j'ai eu mal au ventre à la fin. C'était comme avant, j'avais mal au ventre. Et je ne le disais jamais. Tiens d'ailleurs, c'est bizarre : je ne me gardais pourtant guère de le dire auparavant, quand j'avais mal. C'était peut-être plus joli, plus héroïque. Tellement plus pathétique, oui...
Elle m'a ramené et sur le chemin, je me foutais de mourir là, dans la twingo bleue sur l'autoroute trempée. L'essuie-glace battait la pulsation et j'avais l'impression d'être plus inerte que jamais. Inerte et fatigué.
« Ce soir, il ne s'est rien passé. Ou presque.

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